Le musée Lapidaire de Vienne, l’un des seuls musées de France… sans chauffage.

30 millions d’euros. C’est la somme que souhaite consacrer le maire sortant pour la création d’un nouveau Musée de l’Histoire de Vienne. Doivent être ajoutés 5 millions d’Euros pour la construction de nouvelles réserves et 2 millions pour les études. 37 millions donc au total pour une « estimation basse ». Au regard des dépassement budgétaires quasi systématiques sur ce type de projet, on veut bien le croire. Le musée Gallo Romain de St Romain en Gal a coûté à peu près 30 millions d’Euros, il y a un peu plus de vingt ans. Il accueille chaque année 80 000 visiteurs, chiffre également annoncé pour le projet de musée Viennois. Au delà du coût de construction, un nouveau musée nous obligerait à assumer une forte augmentation des dépenses de fonctionnement, notamment en multipliant le personnel municipal par cinq (passant de 5 à 25 postes), en lançant une politique de travaux de recherche, en finançant de couteuses expositions temporaires etc. Peut-on se l’offrir ?  Ma réponse est clairement NON.

Alors que la municipalité réduit ses dépenses de fonctionnement, diminue son soutien aux associations mais surtout ne fournit pas la moitié des moyens nécessaires aux musées existants aujourd’hui pour fonctionner, on peut s’interroger sur la pertinence d’une telle réalisation. A l’heure où des quartiers entiers sont oubliés, des voiries mal entretenues, des transports urbains insuffisants, à un moment où la transition écologique se fait pressente, est-ce qu’un nouveau grand musée est la priorité du moment ?

Est-ce que je me satisfais pour autant de l’état déplorable de nos musées actuels ? Évidemment non ! La question n’est même pas d’être pour ou contre la création de ce musée. Un équipement culturel supplémentaire est toujours profitable dans notre ville chargée d’Histoire. Et j’y suis favorable, si et seulement si une autre collectivité que la Ville de Vienne prend la main. Nous avons d’autres priorités à financer aujourd’hui et la Ville n’est pas de taille à mener toute seule un tel projet. Le Département pourrait prendre l’initiative, comme André Vallini l’avait proposé en 2014. Le conseil Départemental gère déjà onze musées et en ouvrira un nouveau en 2020 (le musée Champollion), aucun n’est situé en Isère-Nord. Ce pourrait être aussi le cas d’un établissement public rassemblant les Départements de l’Isère et du Rhône (ce dernier gère le musée de St Romain en Gal), Vienne Condrieu Agglomération et la Ville de Vienne. A plusieurs te telles ambitions sont plus légères à porter et plus rapides à faire aboutir.

La Ville de Vienne dispose de plus d’une quarantaine de monuments historiques, d’un tout nouveau musée de l’industrie textile, de plusieurs sites ouverts à la visite (le théâtre antique, le cloitre de St André le bas, le jardin de Cybèle) et deux musées aujourd’hui obsolètes; le musée lapidaire place St Pierre et le musée des beaux-arts au dessus de la salle des fêtes. Ajoutons à cela les importantes réserves non présentées au public. Il existe des moyens pour valoriser ce patrimoine autrement que par un « grand musée ». Si nous sommes élus, nous nous attacherons à mettre davantage en valeur notre patrimoine sur l’espace public. Non pas en plaçant deux bouts de colonnes sur un rond-point mais en mettant à la vue de tous le patrimoine existant et les œuvres aujourd’hui cachées, à l’image de ce qui a été fait au théâtre antique avec quelques éléments de notre patrimoine lapidaire. De plus en plus de villes en France entrent dans cette stratégie de « musée à ciel ouvert ».

Mais revenons au projet de la municipalité sortante. Pour mesurer l’importance du coût de construction du Musée de l’Histoire de Vienne, 37 millions d’euros, précisons que cela équivaut à plus de 46 années de transport en commun gratuit pour tous à Vienne ! La gratuité des transports en commun sur le réseau LVA que nous proposons est chiffrée à 800 000 euros par an.

Ce projet de Musée de l’Histoire de Vienne est symptomatique d’une vision du développement urbain aujourd’hui totalement dépassée. Le temps des grandes infrastructures est révolu. À l’heure de la transition écologique, ces 37 millions d’euros permettraient par exemple d’investir massivement dans les musées existants, dans une politique culturelle ambitieuse et pas uniquement centrée sur le patrimoine, mais aussi le développement du réseau de transport en commun Viennois, pour sa gratuité mais plus généralement dans l’amélioration de notre cadre de vie. Question de priorité donc… aux citoyens de faire leur choix, le 15 mars 2020.